
Je prends conscience que j’entre dans une autre phase du deuil.
Maintenant, je porte mon deuil.
Différent, il m’a pris par surprise.
Au fur et à mesure que s’estompaient les souvenirs de nos récents combats pour sa vie, je sentais ma blessure, l’abandon, l’esseulement.
Ma solitude m’accable.
Le survivant se sentira-t-il coupable encore longtemps de n’être pas mort au champ d’honneur… d’horreur ?
Je dois quitter « l’avant sa mort » et en venir à « l’après sa mort » pour me réapproprier la place qu’elle occupait dans notre vie passée.
Les bons moments me font chavirer dans les pleurs salutaires. Penser à elle sans souffrir sera possible quand la douleur cédera la place à la douceur du souvenir.
La vie continue, me répète-t-on, laconique.
Je dois agir plutôt que de sombrer dans la mélancolie, me ressaisir, faire face, mobiliser les énergies de la partie saine de moi, partir en quête des processeurs de réparation, de la moindre main tendue, des substituts affectifs, du rêve…
Je saurai faire preuve de cette résilience porteuse d’espoir.
Le combat reste le même : la survie.
La vie.
Vivre, c’est apprendre à aimer. C’est partager, aider, nourrir, se nourrir.
Il est des crépuscules qui éclipsent les aurores…
Je sens que j’ai encore beaucoup à donner.
Et j’ai aussi de grands besoins d’affection et de tendresse à combler.
Rendre une personne heureuse et y trouver mon bonheur…
S’aider mutuellement, s’épauler, développer une saine complicité face à la vie…
Mais la vie est brève, le temps fuit inexorablement; on sait l’issue fatale.
Le seul pied de nez à la mort, c’est de vivre pleinement sa vie.
Je veux à nouveau accompagner quelqu’un, l’accompagner à la vie!